Un vieux refrain, les jours moroses,
Quand la colère défilait
Sous des pancartes en vers, en prose,
Rythmait nos pas sur les pavés.
Il parlait de pain et de roses
Pour ceux des mines et des chantiers;
Artisans de si belles choses
En verre, en bois, en fer forgé.
Pour ceux qui triment dans la plaine
Et sur les coteaux embrasés.
Ceux qui courent à perdre haleine
Derrière des rêves brisés.
Tous ceux dont la sueur féconde
Est sans cesse dévaluée
A toutes les Bourses du monde
Où le profit tient le guichet.
Ceux dont le ventre creux résonne
Comme le glas à un clocher
Et qui meurent sans que personne
Prie Dieu pour les rassasier
Pour les enfants- soldats d' Afrique
D'Asie et de partout ailleurs
Que des racoleurs impudiques
Prostituent au bal des Horreurs.
Ceux dont le parcours ébauché
Débute entre des écueils:
Portes à peine entre baillées
Dont le mépris garde le seuil;
Et qui retournent, l'œil hagard,
Révoltés, au point de départ:
Rond- point de tous les désespoirs.
Enfin ceux qui lèvent la tête
Pour affronter au corps à corps
Le vent qui sème la tempête
Qui balaiera sans un remords
Les prédateurs de la planète
Bardés d'un orgueil cousu d' or.
Piéro Cabanel
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